'' Etre mannequin ce n'est pas un métier ''

lundi 1 février 2016


Combien de claques ne se perdent pas ! Chaque fois que j'entends ça, j'ai le poil qui se dresse. Bien haut ! Si j'en crois ces adages, ça ferait donc huit ans que je n'en fous pas une ? A plusieurs reprises j'ai déjà entendu cette affirmation, carrément fausse, et j'ai du défendre mon bout de gras, prouver par A+B que ce n'était que supercherie ! 

Je vous entends déjà venir : "oui mais bon, quand même, c'est sympa de se faire coiffer, maquiller toute la journée et de prendre la pose devant l'objectif ! Et puis tu essayes des vêtements, tu rencontres des gens, tu apprends plein d'astuces au quotidien !" Alors, oui. C'est vrai. Mais c'est comme quand vous dites à une hôtesse de l'air "trop bien ton job ! Tu passes ton temps à voyager et à voir du pays". Elle ne vous répondra que : "Certes (oui c'est une hôtesse polie), mais il n'y a pas que ça ! C'est le côté face de la médaille". J'ai envie de vous répondre la même chose.


Ma famille était très timide à l'idée que je me lance dans l'aventure en 2008. C'est un monde qu'on ne connaissais pas, sur lequel on avait des préjugés, on n'y connaissait personne, par quel bout commencer ? Et c'est seule, que j'ai sauté dans le vide. Etant donné que l'univers de la mode effraie car peu de monde y est introduit, personne ne vient nous raconter comment c'est vraiment de l'intérieur. Alors, on s'imagine que c'est :
- un monde fabuleux avec des gens bien vêtus
- facile car plaisant
- ok il y a des méchants, mais bon ..
- on sort beaucoup
- champagne
- les fringues c'est super
Et bien souvent, ça se limite à ça. Alors si en plus je fais du mannequinat, être chouchoutée entre dans les critères. J'avoue, si je ne l'avais pas vécu, j'aurais pensé comme vous.

Et pourtant ! C'est bien autre chose et bien plus que tout ça ! La mode est un monde à part. Stimulant, excentrique, imprévisible, brillant. J'ai adoré mon métier mais il n'a jamais été simple. Il m'a fait douter de moi, de mes choix, il m'a mise en danger dans ma vie privée, il m'a retourné le cerveau, il m'a fait avoir confiance en moi, il m'a fait braver des obstacles que je pensais insurmontables, il m'a fait rencontré des amis, mais aussi des ennemis, il m'a rendue bonne, et parfois mauvaise, il m'a fait comprendre comment être avec les gens bons et les gens douteux, il m'a ouvert les yeux et m'a fait grandir. Et c'est seulement après huit années que je suis capable de faire ce constat là. En plein dans l'action, c'était compliqué d'établir ce jugement. On n'est jamais la même personne au fil que les jours défilent car on entend des sons de cloches différents en permanence "tu es celle dont j'ai toujours rêvé pour ma campagne !" ou encore "tu es beaucoup trop grosse, pourquoi tu persistes à faire ce métier ? Suivaaaaante !" et "tu es jolie mais bon, ton cou est trop large, ça ne va pas le faire". Après ça, comment voulez vous savoir qui vous êtes vraiment ? Les critiques physiques se déchainent sur vous. Personne ne vous demande quel BAC vous avez,  tout le monde s'en bat la coquillette, vous n'êtes qu'un corps qui a à peine eu le temps de dire bonjour. Et dire que vous êtes motivée n'y changera rien ! Vous avez le pouvoir et ensuite vous dépendez des autres. Je ne savais plus sur quel pied danser et pourtant, je m'en foutais terriblement. Je continuais à enchainer les castings avec une foi folle ! Et je sais que j'ai eu raison. Ca m'animait ! C'était une drogue car un défi permanent. Je me disais tout bas "tu sais que tu n'as pas un profil type (taille 38 et 1.72m), et pourtant ça fonctionnera. Tu es photogénique et tes cheveux donnent envie aux gens, c'est atypique, quelqu'un finira bien par te booker !" et c'est arrivé, plusieurs fois. C'est comme ça que j'ai fait mes preuves auprès de mes agences, et j'ai ainsi crée mon carnet d'adresses et des clients avec qui j'ai tissé des liens.

C'est vrai que lorsque ça marche pour une fille, c'est un métier plaisant. Attention ! Je n'ai pas dit facile, j'ai dit plaisant. On enchaine les castings (parfois jusqu'à 10 par jour à l'autre bout de la ville) dans lesquels on s'habille, se déshabille, se fait juger, se fait aimer, détester, puis on a à peine le temps d'enfiler un wraps aux légumes que l'agence nous appelle pour mettre à jour le book et le composite, pas le temps de rentrer chez soi, les pieds détruits par les talons de 12, l'agence nous renvoie à un casting de dernière minute, il peut être 20H. On nous demande aussi de ne pas grossir mais on ne dit rien quant au fait de maigrir, il faut idéalement rester la même pour que les photos soient fidèles, si on coupe ses cheveux on doit refaire tout son book. On rentre chez soi, en banlieue parisienne parfois (c'est loin), et on recommence une même journée. Intéressante, mais pas payée. On aura le mot final des castings que quelques jours plus tard. Et si la chance est là, on décrochera des jobs qui nous permettront de finir le mois. On organisera le planning comme ça : castings/castings/castings/job/castings/castings/job/castings/castings/castings/job .. Oui, il n'y a pas de weekend. Si on veut décrocher un contrat, il faut donner de sa personne et affronter tous les directeurs de castings que l'agence dicte pour des jobs bien précis ! Je m'en fichais, j'adorais ça ! J'ai connu des filles qui se mettaient en journée off auprès de l'agence régulièrement les weekends comme pour dire ne me donnez aucun casting ni jobs je ne suis pas là, et les clients ne l'on plus jamais rappelée. Je n'avais pas envie que ça m'arrive !

Alors peut être que racontée comme ça sur le blog, l'histoire semble fun. Enchainer les castings et se balader dans Paris il y a pire ! Mais ajoutez-y la pression de l'agence (qui a misée sur vous!) et le fait que vous ne savez jamais si le casting va aboutir et donc de savoir si vous allez pouvoir payer votre loyer le mois suivant. Se demander si ça ne vaut mieux pas arrêter et se caler dans une vie "normale".  Si le mannequinat n'est pas un métier, qu'on me jette la première pierre ! Il m'a appris à avancer et à me challenger. Il m'a forgée et m'a permis d'être ce que je sus aujourd'hui tout en passant par un tas d'étapes plus ou moins sympas. J'ai l'impression d'avoir été dans un processus de formation de vie accéléré ! Je pense aujourd'hui que je n'aurais jamais autant appréciée ma nouvelle vie plus "normale" avec un job dans un monde qui me fascine (autre que la mode) si je n'avais pas vécu ces huit années de mannequinat de cette façon. 

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Ph. Viktor & Rolf AW 2014

13 commentaires:

  1. Je récolte exactement ce genre de remarque quant à mon métier dans la danse.
    Bien sûr je vis de ma passion c'est vrai, je danse et je transmets cela à d'autres, je crée des tableaux choregraphiés, je m'amuse, je rencontre des gens, je découvre plein de choses et j'adore ça, je ne m'en plaindrai jamais ! Mais souvent certaines personnes oublient que ça n'en reste pas moins notre travail, notre métier, et que nous avons -nous aussi !!- notre lot de fatigue (physique et/ou mentale), baisse de moral parfois, coups de mou et coups de gueule, notre revers de la médaille comme tu l'explique si bien !
    Merci Marie-Astrid pour cet article qui remet "les choses dans leurs contextes", je pars pour ma journée en me disant que je ne pourrai pas toujours être comprise par tout le monde, mais que certaines (corps de métier avec certaines similitudes) vivent ça aussi, ont également des pointes de colère lorsque qu'elles entendent des absurdités comme ça et de savoir que des personnes comprennent justement, ça c'est plaisant ! :)

    Gaëtane

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  2. interesting post !!http://intelligently-sexy.centerblog.net

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  3. Merci pour cet article, je suis contente de l'avoir lu ! J'ai rien d'autre à dire si ce n'est que les gens sont complètement insupportables à juger tous ceux qu'ils croisent et à imposer leurs propres a priori à tout le monde. Mais c'est super de voir tous les apprentissages que t'as pu en tirer :).

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  4. Article intéressant! As-tu lu le livre de Victoire Maçon Dauxerre? Qu'en as-tu pensé? (:

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    1. J'ai justement échangé quelques emails avec Victoire ! J'espère pouvoir lire son livre très rapidement !

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  5. Le mannequinat est bien entendu un métier, mais je maintiens, vraiment différent de tous les autres. Pour avoir travaillé avec des mannequins, le plus gros du boulot c'est... Attendre. Attendre assise par terre de passer un casting, attendre d'être coiffée, maquillée, attendre que l'équipe daigne jeter un regard sur la fille, attendre qu'on rappelle... Et quand ce n'est pas attendre, c'est sourire, bouger son corps entre chaque clic de l'appareil, et c'est tout ! Contrairement à hôtesse de l'air et à tous les autres jobs de monde, on ne demande aucune connaissance, aucun savoir à une mannequin. Elle bosse parce qu'elle a eu la chance de naître comme ça, point barre. Et oui "la photogénie se travaille" mais on ne va quand même pas comparer s'entraîner à faire des mimiques devant sa glace vs retenir 100 pages de bio, non ? Comme beaucoup de filles ce métier m'a fait rêver, mais pour l'avoir côtoyé par la suite, les mannequins sont vraiment des cintres. Complètement déconsidérées, puisque que la fille est un bac +12 en chimie ou ai quitté l'école à 14 ans, tout le monde se fout bien de ce qu'elle pense tant qu'elle est jolie. On ne peut pas comparer un métier certes épuisant physiquement et psychologiquement mais ne demandant absolument aucun savoir/maîtrise/connaissance et n'importe quel autre job.

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    1. Salut Ella ! Merci pour ton commentaire, ça permet l'échange :)
      Alors, c'est justement le genre de remarques que je "critique" ici. Cela veut dire que tu estimes que les jobs qui ne nécessitent pas d'apprentissage "de 100 pages de bio" ne représentent pas un travail ? Dans ce cas, caissière n'est pas un travail, bosser dans la communication non plus, secrétaire non plus ... ?
      Pour moi, ça l'est. C'est juste qu'il y a des degrés différents de difficultés. Chaque métier a sa part de mésaventures et de dureté. Tu sais, un métier qui te fait te remettre en question au quotidien peut amener au burn out très rapidement. Tout comme un autre métier où il faut apprendre 100 pages de bio ! Ce sont juste des rapports à la difficulté très différents. Mais cela compte tout de même comme un métier à part entière. Et je maintiens mon discours, haut et fort.

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  6. Et bien non justement ! Caissière, secrétaire ou autre nécessitent de savoir lire et compter par exemple. N'importe quel métier nécessite ne serait-ce qu'un tout petit peu de maîtrise, aussi futile soit-elle, pas mannequin, il suffit d'être née ;)

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    1. Je ne suis absolument pas d'accord avec toi ! Il faut savoir lire notre feuille de route et le nom des rues pour se rendre sur place en casting ;)

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  7. Aha mon Dieu, quelles sont les compétences professionnelles qu'a un mannequin de plus qu'une personne lambda alors selon toi ?

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  8. je ne suis pas de ton avis non plus Ella, c'est un peu "réducteur" de penser qu'une fille née jolie, ne penses tu pas aux "sacrifices" qu'on peut faire par exemple ?
    devoir renoncer à un week end en amoureux pour aller faire un défilé de vetement sosu -3 degrès dehors pour que tu puisses avoir accès au site web de la dernière collection de nike ou zara ?

    Moi, je le clame haut et fort, chaque métier mérite un tant soit peu de respect et de tolérance, mince à la fin, il n'y a pas que les médecins qui peuvent se vanter d'exister, les mannequins ne sont "pas toutes" la grosse tête , la preuve en est, certaine sont assez intelligentes et abordables, et ne se considèrent pas comme des "diva"
    ensuite, chaque métier a des risques, et celui de mannequin ne dure jamais vraiment très longtemps (sauf exception pour toi Mary et qq mannequins qui partent ensuite au petit au grand écran)
    beaucoup de volonté, de courage et de tenacité, et surtout , de discrétion, ne rien dire, ne rien avoir droit de dire surtout (on ne donne pas souvent la parole, et oh là là, ton avis on s'en contre fiche crois moi) car comme tu l'as dit, il faut passer son temps à ATTENDRE
    et pour ma part; attendre m'a vite fatigué.
    je pense ensuite, que chacun dans la vie peut se donner les moyens, de réussir , que ce soit comme caissière, mannequin ou chimiste, ou comme éboueur, tiens, il en faut bien, non ?

    le principal reste le respect, du vécu, du passé, du futur, de la personne , de son histoire, mais cela dit, libre à chacun de nous la dévoiler, et Mary merci pour ton partage.

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    1. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi :) Je sais les sacrifices, les remarques désagréables, les regards méprisants que les mannequins endurent. Je dis simplement que l'unique qualité nécessaire est d'être née jolie. Une fille complètement idiote (insérer ici n'importe quel défaut, voire tous à la fois) peut devenir mannequin tant qu'elle a le corps et le visage qui conviennent.
      (et je considère le métier d'éboueur comme nécessitant plus de connaissances que mannequin ;))

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  9. A Ella ,
    Étant mannequin je me permet de te reprendre ... non seulement on se doit de savoir lire et écrire (en plusieurs langues et au minimum l'anglais) mais comme 90% des mannequins on se doit aussi de reprendre des études ou les continuer ... on naît avec un avantage mais on se doit d'avoir l'hygiène de vie de grands sportifs (alimentation et sport ) à cela s'ajoute effectivement la difficulté de voir sa famille ou un amoureux ... j'ai pour ma part des études d'architecture à côté que je poursuis par correspondance en plus de mon métier (oui oui s'en est un !!!)
    Il m'arrive d'attendre durant les castings mais à cela s'ajoute du "vrai" travaille comme shooting showrooms ou défilés .
    Dans
    Bien à toi !

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